13/11/2010
Poétique des zincs, des trains et de la marge
Et revoilà l'ami Perros, l'irremplaçable Perros. Le seul capable de dire l'essentiel en dix lignes sur les bistrots, les gares et son propre rapport à l'écriture ! Et de lier le tout en une prose d'une absolue fluidité. A ce niveau ce n'est plus du grand art mais de la simple et pure magie.
J'aime le zinc d'un bistrot, c'est une manière d'approcher les hommes à distance, de les entendre, de les voir, sans risquer d'être pris pour autre chose qu'une forme d'homme en transit. C'est un peu comme dans les gares. J'aime être entre deux trains. Je respire alors la vie à pleine tête, à plein corps, parce que je sais que voilà du fugitif, du "qui va finir". Je suis un homme d'entre-deux, jamais en place, et si j'écris, c'est dans la marge. Le texte est ailleurs.
21:57 Publié dans Georges Perros | Lien permanent | Commentaires (0)
11/11/2010
Mouvements
Signes pour retrouver le don des langues
la sienne au moins, que, sinon soi, qui la parlera ?
Ecriture directe enfin pour le dévidement des formes
pour le soulagement, le désencombrement des images
dont la place publique-cerveau est en ce temps particulièrement engorgée
Faute d'aura, au moins éparpillons nos effluves.
23:54 Publié dans Henri Michaux | Lien permanent | Commentaires (0)
09/11/2010
Souvenir du sentier
Pour oublier un temps le mur de pluie qui ondule sur les toits et les rues de la ville, un pan de mémoire s'échappe vers un sentier parcouru. Pierrier, névé, lac turquoise, l'Italie à main droite, une montagne de fer à main gauche... Souvenir aussi du sens de la marche, que l'on a trouvé en conclusion du Poème de la masse d'Antoine Emaz.
Marcher assez longtemps jusqu'à user en soi ce qui alourdit le corps et raccourcit le souffle.
A l'intérieur, de la peur, là. Savoir que l'on porte en soi quelque chose qu'on ne sait pas. Une sorte de gros paquet.
21:08 Publié dans Antoine Emaz | Lien permanent | Commentaires (0)
05/11/2010
Comme des gouttes de silence
Par une très douce soirée d'Automne, Claude Esteban s'en vient accompagner une chanson douce et triste de Bonnie Prince Billy, et c'est un murmure secret qui se love dans le coeur des hommes... Puisse-t-il vivre au-delà de cette page...
Il pleut très doucement dans un poème
et la ville est couchée là tout près comme un bon chien,
des choses passent et puis d'autres reviennent
il y a des mots qui sont lourds de soleil
et qui disent très bien la fourrure secrète d'une femme
et d'autres qui sont pleins de brume jusqu'au réveil
il pleut si doucement que c'est peut-être un autre monde
pareil à celui-ci mais sans hâte et sans orgueil
et c'est dans le dedans de soi comme des gouttes de silence
21:47 Publié dans Claude Esteban | Lien permanent | Commentaires (0)
30/10/2010
Ne pas faire d'affront au réel
Encore une fois chez Franck Venaille : ces mots derrière lesquels la bannière de Vox Poetik se rangera humblement. Ne pas faire d'affront au réel... on s'en souviendra, et pas seulement lorsqu'il s'agira de traiter l'humeur du moment par un texte... s'en souvenir à tout instant du jour... se souvenir d'où l'on vient...
J’ai de l’amertume plein la bouche
Je suis allé chercher la poésie loin
Très loin ! Quel sens donner au mot
« Poétiques » ? Aucun. Il s’agit simple-
Ment de ne pas faire d’affront au réel.
19:30 Publié dans Franck Venaille | Lien permanent | Commentaires (0)
24/10/2010
Roberto Juarroz, poète "Hors de prix"
La saison est au remise de prix littéraire : titre honorifique pour les uns, affront absolu pour d'autres, et garde-fou économique pour tous, les prix n'ont d'autre intérêt que de mettre en lumière quelques heures ou quelques jours un nom, une oeuvre. C'est toujours bon à prendre... Les poètes ont rarement cet honneur. Vox Poetik répare donc cet erreur et attribue son prix Hors de prix universel. Suivant le regard des jurés du Nobel, nous partons vers l'Amérique latine et le décernons à l'unanimité à Roberto Juarroz, dont nous rappelons ici sa définition de la poésie :
Le poème continu,
l'écriture continue,
le texte qui jamais ne s'achève
et ne s'interrompt jamais,
le texte qui équivaut à être.
La vie se convertit en un forme d'écriture
et chaque chose est une lettre,
un signe de ponctuation,
l'inflexion d'une phrase.
13:53 Publié dans Roberto Juarroz | Lien permanent | Commentaires (0)
21/10/2010
Parenthèse
Aujourd'hui n'est pas un jour à poème. Quelque chose gronde dans ce pays, une colère enfle, brise les lignes. Et il en est qui feignent de ne pas comprendre. A leur aveuglement on confie ces lignes. Elles sont d'Albert Camus, prononcées lors du discours de réception de son prix Nobel en 1957.
Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde.
La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.
Héritière d'une histoire corrompue où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd'hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l'intelligence s'est abaissée jusqu'à se faire la servante de la haine et de l'oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d'elle, restaurer à partir de ses seules négations un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir.
19:37 Publié dans Albert Camus | Lien permanent | Commentaires (0)
10/10/2010
Chacun a son propre alcool
Nous sommes à Lisbonne entre 1914 et 1935, quelque part dans la Ville Basse, peut-être un 9 octobre... Fernando Pessoa s'est glissé dans l'ombre de Bernardo Soares, "l'homme debout près d'une fenêtre" pour reprendre la belle formule de Tabucchi, il se penche sur sa vie, il écrit une nouvelle note du Livre de l'intranquillité sans jamais savoir combien de vie il bouleversera avec ce livre...
Chacun de nous a son propre alcool. Je trouve assez d'alcool dans le fait d'exister. Ivre de me sentir, j'erre et marche bien droit. Si c'est l'heure, je reviens à mon bureau, comme tout le monde. Si ce n'est pas l'heure encore, je vais jusqu'au fleuve pour regarder le fleuve, comme tout le monde. Je suis pareil. Et derrière tout cela, il y a mon ciel, où je me constelle en cachette et où je possède mon infini.
00:37 Publié dans Fernando Pessoa | Lien permanent | Commentaires (0)
05/10/2010
Creuser la brume
Lisant, relisant ces poètes, ce que l'on cherche n'a pas de nom défini... Ce que l'on trouve en porte parfois un : apaisement, soulagement... Philippe Jaccottet dans Le mot joie donne une superbe définition de cette quête :
Je suis comme quelqu'un qui creuse dans la brume
à la recherche de ce qui échappe à la brume
pour avoir entendu un peu plus loin des pas
et des paroles entre des passants échangées...
21:58 Publié dans Philippe Jaccottet | Lien permanent | Commentaires (0)
02/10/2010
Venaille encore
Une semaine a passé en compagnie de Franck Venaille. Parfois un recueil happe. On le lit comme un récit, comme un journal. On s'y abreuve de nouvelles sur nos contemporains par la grâce de la langue d'un seul. Le recueil a pour titre ça. On y reviendra, souvent.
Quel que soit le pari
Je le tiendrai
Quel que soit le risque
Je l’assumerai
Les mots – les mots – les mots –
Viendront alléger ma peine
Je suis là
Confiant dans le poème à venir
Tandis que le soleil blanc
S’étale disparaît revient
Faisant de moi l’orphelin d’écriture
20:16 Publié dans Franck Venaille | Lien permanent | Commentaires (0)