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04/04/2014

Le gardeur de troupeaux

De tous les êtres poétiques dans lesquels Fernando Pessoa s'est coulé, Alberto Caeiro, le Gardeur de troupeaux, est le plus touchant. Comme une fulgurance il a surgi dans la vie de Pessoa le 8 mars 1914, a bouleversé un citadin moderne poète et dépressif qui troqua sa gabardine contre des habits de pâtre et donna à son spleen une bienheureuse simplicité dont l'écho, un siècle plus tard, ne cesse de résonner.

Ce qu'il faut c'est être naturel et calme

dans le bonheur ou le malheur

Sentir comme on regarde,

penser comme on marche,

et au bord de mourir, se souvenir que le jour meurt...

26/02/2014

La vie du poème

Vous possédez une bibliothèque. Elle contient quelques oeuvres de poètes ? Prenez garde, vous n'êtes plus seul(e) chez vous. Soyez rassuré(e), vous êtes en bonne compagnie. Pour avoir fréquenté en lui-même de nombreux poètes, Fernando Pessoa nous le rappelle et le confirme, les poèmes sont vivants.

Il m'arrive de soutenir qu'un poème est une personne, un être vivant, qu'il appartient, avec une présence corporelle et une existence charnelle, à un autre monde où notre imagination le projette.

28/02/2012

Autopsychographie

Pour clore cette série portugaise, un dernier détour par leur maître à tous, Fernando Pessoa, l'alpha et l'oméga, l'ombre et la lumière de la langue poétique. Ecrite sous son propre nom de Pessoa (que l'on peut traduire par "personne"...), Autopsychographie est une pièce fascinante et déroutante, un miroir trouble dans lequel le poète et le lecteur s'interrogent et s'émeuvent en un même mouvement. Rappelant ainsi qu'en d'autres temps le poème se révéla implacable révélateur des failles humaines tout en demeurant son plus vital baume réparateur.

Feindre est le propre du poète.

Il feint si complétement

qu'il en arrive à feindre qu'est douleur

la douleur qu'il ressent vraiment.

Et ceux qui lisent ses écrits

ressentent sous la douleur lue

non pas les deux qu'il a connues

mais bien la seule qu'ils n'ont pas.

Ainsi, sur ses rails circulaires

tourne, accaparant la raison,

ce petit train à ressorts

qui s'appelle le coeur.

24/03/2011

"Un poème bien à moi", dit Fernando Pessoa...

On a déjà évoqué les multiples personnalités poétiques de Pessoa, on a dit l'éblouissement face à ce génie, on sait que sur la mappemonde littéraire, Pessoa est un continent en soi... mais a-t-on vraiment mesuré à quel point cela fut aussi cause de désarroi que d'être autant dans l'esprit d'un seul ? Dans le Cancioneiro, on trouve cet aveu, ce souhait, ce cri...

Je ferai peut-être un jour un poème à moi,

un poème bien à moi, où faire aller mon être,

où dire ce que je sens et ce que je suis,

le dire sans penser, sans feindre et sans vouloir,

comme un vrai lieu, celui où vraiment je me trouve,

où l'on pourrait me voir tel que vraiment je suis.

Ah, mais qui est capable d'être celui qu'il est ?

Qui est celui qu'il est ? Qui ?... Ombres de nous-mêmes,

nous sommes condamnés par nature au reflet.

Mais au reflet, branches irréelles de quoi ?

Peut-être du vent seul qui nous ferme et nous ouvre.

10/10/2010

Chacun a son propre alcool

Nous sommes à Lisbonne entre 1914 et 1935, quelque part dans la Ville Basse, peut-être un 9 octobre... Fernando Pessoa s'est glissé dans l'ombre de Bernardo Soares, "l'homme debout près d'une fenêtre" pour reprendre la belle formule de Tabucchi, il se penche sur sa vie, il écrit une nouvelle note du Livre de l'intranquillité sans jamais savoir combien de vie il bouleversera avec ce livre...

Chacun de nous a son propre alcool. Je trouve assez d'alcool dans le fait d'exister. Ivre de me sentir, j'erre et marche bien droit. Si c'est l'heure, je reviens à mon bureau, comme tout le monde. Si ce n'est pas l'heure encore, je vais jusqu'au fleuve pour regarder le fleuve, comme tout le monde. Je suis pareil. Et derrière tout cela, il y a mon ciel, où je me constelle en cachette et où je possède mon infini.

29/05/2010

Plein de larmes

Retrouver les mêmes mots chez deux écrivains dont on aime les oeuvres, c'est toujours un mélange de surprise et d'exaltation. Ainsi Henri Calet et Fernando Pessoa : de Calet on lit assez régulièrement, lorsqu'on le cite, les mots qui figuraient à l'ultime page de son dernier manuscrit inachevé, Peau d'ours :

Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.

Et chez Pessoa, on trouve ce ci, perdu au milieu du Cancioneiro, recueil disparate de textes que Pessoa signa sous son propre nom de Pessoa :

Mon coeur fait sourire

Mon coeur plein de larmes.

Après tant de marches et de haltes,

tant d'escales et de départs,

je serai celui qui va arriver

pour être celui qui veut repartir.

Vivre, c'est ne pas réussir.

 

Autant de mots que Calet aurait pu faire siens...

20:13 Publié dans Fernando Pessoa | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pessoa, calet

23/01/2010

Savoir voir (2)

Avant l'injonction de René Char, toute entière marquée par l'atrocité d'un temps de guerre, Fernando Pessoa sous la plume curieuse d'Alberto Caeiro avait posé la question du savoir voir en des termes un brin plus complexes, une sorte de merveilleuse équation poétique...

L'essentiel est de savoir voir,

savoir voir sans se mettre à penser,

savoir voir quand on voit,

et ne pas penser quand on voit

ni voir quand on pense.

 

19:22 Publié dans Fernando Pessoa | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pessoa, char

17/01/2010

Enfance

Par la fenêtre d'un train défile un paysage que soudain l'on reconnaît ou qui nous renvoie comme une fulgurance à un espace de l'enfance. L'expérience est troublante, bouleversante même, et lorsqu'à la faveur du passage du train sous un tunnel on découvre son visage en reflet, on pensera à Pessoa :

Enfant j'étais un autre.

En celui que je suis devenu

j'ai grandi, j'ai oublié.

M'appartiennent à présent un silence, une loi.

Ai-je gagné ou perdu ?

10:11 Publié dans Fernando Pessoa | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pessoa

18/12/2009

Rien ni personne

Entre 1930 et 1935 Fernando Pessoa s'est aussi appelé Fernando Pessoa lorsqu'il composait les pièces du Cancioneiro. Au Portugal comme ailleurs l'époque ne se prêtait guère aux excès de joie et d'optimisme béat, mais à sa manière, cruelle, lucide et dynamique, Pessoa sous son nom propre fit culminer le désenchantement de soi et du monde à des sommets où peu surent le rejoindre. Pessoa ou le grand témoin d'un temps qui fit voler l'Homme en éclats de ténèbres... et ce temps n'est pas fini.

N'espère rien, car rien excepté rien

ne s'obtient par l'espoir

et tu ressemblerais à un homme lançant

des regards sur la route

dans l'espoir que quelqu'un viendra

sous prétexte que la route

est faite pour que l'on y marche

 

08:20 Publié dans Fernando Pessoa | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pessoa

29/11/2009

L'homme en gabardine

Vous croisez peut-être près de chez vous cet homme à l'aspect falot en complet terne, petit chapeau, lunettes rondes, regard triste et gabardine grise. Un homme parmi les hommes. Vite dépassé, vite oublié. Et pourtant... un jour il fut Fernando Pessoa et sous le nom de Bernardo Soares, il rentrait chez lui, pliait sa gabardine et écrivait Le livre de l'intranquillité.

Je suis les faubourgs d'une ville qui n'existe pas, le commentaire prolixe d'un livre que nul n'a jamais écrit. Je ne suis personne, personne. Je suis le personnage d'un roman qui reste à écrire, et je flotte, aérien, dispersé sans avoir été, parmi les rêves d'un être qui n'a pas su m'achever.

00:21 Publié dans Fernando Pessoa | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pessoa