27.01.2012
Poème, sans bouger
C'est la fin d'un poème d'Antoine Emaz, Poème sans bouger. Il y est question de mer, de vent, d'odeurs salées, du Nord... un appel venant d'ailleurs. L'on voudrait que l'immense ville cède soudain la place à cet ailleurs...
les mots la mer
plient la rue le ciel
l'été ploie
//
une vague l'autre
efface
le coeur se calme
et le corps devient d'air
dans l'ondulation lente
l'eau verte
ici
nulle part
pas plus loin les mots comme
le souffle
dénoué au large
dans l'eau et l'air
libre
//
lente est la nuit qui vient
et repose la ville
reflux
on se rassemble
la rue est bleue
22:01 Publié dans Antoine Emaz | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.01.2012
Relais
Quittons Perros en douceur, laissons lui passer le relais à l'un de nos contemporains, Antoine Emaz. Leurs mots parlent des fondements même de la poésie, se font écho, aident à cartographier un territoire intime qui est peut-être notre dernière terra incognita.
Perros : Vivre avec un être aimé qui est mort. Le poème, c'est cela, avec les mots.
Emaz : Un poème, c'est de la langue sur une émotion qui rend muet. Il va contre ce mutisme, il est donc un exercice de lucidité, d'élucidation.
18:12 Publié dans Antoine Emaz | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.01.2012
Un dernier Perros pour la route
Le voilà, cet ultime (?) recueil de poèmes signé Georges Perros. On le doit donc aux éditions Finitude dont le catalogue est un hommage permanent à la littérature, construit autour de voix qui, sans esbrouffe, sont au diapason de ce que Perros dit lui-même, ailleurs : Il n'y a qu'une langue à traduire : la sienne. Reculer le plus longtemps possible les références. Trouver une parole de traverse.
Bravo et merci à ces éditeurs rares de nous permettre de lire une aussi pure pépite, un manifeste poétique aussi humble qu'essentiel :
Pour remplacer tous les amours
que je n'aurai jamais
et ceux que je pourrais avoir
j'écris
Pour endiguer le flux reflux
d'un temps que sillonne l'absence
et que mon corps ne peut tromper
j'écris
Pour graver en mémoire courte
ce qui défait mes jours et nuits
rêve réel réel rêvé
j'écris
09:24 Publié dans Georges Perros | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.01.2012
Poésie, c'est exil
La parole est toujours à Georges Perros : en cette année de crise doublée d'incurie électorale, il est bon de se fabriquer un manuel de survie. Puisé dans Papiers collés III, ce qui suit pourrait peut-être servir; c'est une piste en tout cas, un itinéraire de délestage, une balise dans la sortie du port, une voie de sauvegarde par une voix à nulle autre pareille.
Poésie, c'est exil. On n'aime que les exilés. Joyce, Musil, Artaud. On peut l'être en plein Paris. Il n'y a pas de géographie de l'exil. C'est être nulle part. N'importe où. Sur la terre. Avant d'en faire partie. Intégrante. Dessous. Dedans. Poésie, c'est impossibilité d'être quoi que ce soit dans un monde qui ne cesse de nous demander notre identité. Notre fiche de futur dégringolé. L'intérêt est ailleurs. Sur la terre. Mais ailleurs. Sur la terre. Cherchons.
19:21 Publié dans Georges Perros | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.01.2012
Brève lettre à Georges Perros
"Cher Georges, vous revoilà, vous manquiez. Il y a longtemps, une saison, que l'on ne vous avait pas invoqué, ni convoqué. Ce n'était pas un désamour, mais quelque besoin d'aller chercher dans vos pages matière à passer l'hiver. Et cette semaine va être la vôtre, puisque - on a bien fait d'attendre - a ressurgi sur les tables des bonnes librairies une réédition, chez Finitude, de poèmes rares, de ceux que vous offriez pour la fête des mouettes de Douarnenez, entre autres. Le livre est là, lu, et on y reviendra vite. En attendant, il y a ce texte d'ouverture des Papiers Collés III qui s'entête à revenir sans cesse en tête et c'est avec lui que voulons sceller ces retrouvailles, et vous remercier encore une fois d'avoir si bien écrit et décrit notre condition... Bien à vous."
L'homme m'est impensable qui n'éprouve pas, tous les jours, fût-ce un quart d'instant, le vide, l'impossible à vivre. C'est ce quart d'instant qui me passionne. Qui a fait ma vie. Ce quart sans la moindre référence, le moindre souvenir, la moindre hérédité. Ni cruel ni pessimiste ni perceptible à qui que ce soit. C'est comme une douleur furtive qui vous traverse, comme un avion passe un nuage. Il vaut mieux être seul quand elle se déclare. Tout de même. Parce que justement, quoi qu'on fasse à ce moment-là, on n'a qu'une envie, la suivre, cette douleur, voter pour elle.
18:54 Publié dans Georges Perros | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.01.2012
Message à caractère informatif et révolutionnaire

La revue Cassandre/Horschamp publie un nouveau numéro auquel Vox Poetik accorde tout son soutien. Qu'on en lise le propos et l'on comprendra pourquoi lire de telles lignes en 2012 semble essentiel, vital peut-être :
"Les mots sont importants. Si un autre monde est possible, il n’adviendra qu’avec une révolution poétique du monde, une civilisation où le poème – écrit, peint, chorégraphié, chanté – est reconnu « produit de très haute nécessité ». "
On y ajoutera ces vers de Sylvia Plath, poétesse majeure et suicidée, pour nous donner la force de croire en ce pouvoir inaliénable de la langue poétique :
Secs, sans cavalier, les mots
et leur galop infatigable
Quand
depuis le fond de l'étang, les étoiles
régissent une vie.
20:45 Publié dans Sylvia Plath | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.01.2012
Saisir la lumière
A toutes et tous : merci de lire ces pages. Que le meilleur et le plus juste vous soit offert.
Ici, le voyage se poursuit, la route des mots n'est-elle pas infinie ?... Les haltes seront tour à tour douces ou violentes, touchantes ou effrayantes, limpides ou opaques, comme la vie. Les passagers seront de vieux compagnons chaleureux ou de nouveaux héros mystérieux, et tous seront là pour nous aider à franchir les gués de nos jours et de nos nuits, les plus calmes comme les plus impétueux.
Pour entamer cette nouvelle année, Vox Poetik répare tout d'abord une grave injustice : une voix de femme, enfin, s'élève et nous parle : Annie Ernaux, dans les dernières lignes de Les années. Que sa conclusion soit désormais notre devise.
(...) elle voudrait saisir la lumière qui baigne des visages désormais invisibles, des nappes chargées de nourritures évanouies, cette lumière qui était déjà là dans les récits des dimanches d'enfance et n'a cessé de se déposer sur les choses aussitôt vécues, une lumière antérieure.
Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais.
23:26 Publié dans Annie Ernaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.12.2011
L'huile dorée du soir
Le voyageur à la petite semaine expérimente désormais par trop souvent cette sensation : il y a une poignée d'heures, c'était le Sud, une lumière insensée, l'hiver renversé, le vent odorant, une mer d'arbres pour embarcation de roches... et maintenant, la ville, la rue, l'humide... et de penser à Philippe Jaccottet :
L'aurais-je donc inventé, le pinceau du couchant
sur la toile rugueuse de la terre
l'huile dorée du soir sur les prairies et sur les bois ?
C'était pourtant comme la lampe sur la table avec le pain.
07:22 Publié dans Philippe Jaccottet | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.12.2011
La dernière douane
Comme un écho aux mots de Claude Esteban, voici la parole de Nicolas Bouvier. Voix du crépuscule, lucide et limpide, un espoir dans l'ourlet du linceul...
Depuis que le silence
n'est plus le père de la musique
depuis que la parole a fini d'avouer
qu'elle ne nous conduit qu'au silence
les gouttières pleurent
il fait noir et il pleut
Dans l'oubli des noms et des souvenirs
il reste quelque chose à dire
entre cette pluie et Celle qu'on attend
entre le sarcasme et le testament
entre les trois coups de l'horloge
et les deux battements du sang
Mais par où commencer
depuis que le midi du pré
refuse de dire pourquoi
nous ne comprenons la simplicité
que quand le coeur se brise.
23:34 Publié dans Nicolas Bouvier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.12.2011
Présent, passé, futur
Petit collage de trois temps de La mort à distance de Claude Esteban. Valse lente où présent, passé et futur s'enlacent. Commune alliance pour tenir au loin, du bout de lèvres, l'instant qu'on ne saura nommer...
Ce n'est
rien, c'est le coeur qui s'étonne
de ne pas souffrir.
***
J'espérais parfois, tout un jour,
le mot juste, le mot
qui chasserait la peur
puis j'oubliais.
***
J'avancerai, je chercherai
jusqu'à la fin
je perdrai courage, je
reprendrai de plus loin, je reconnaîtrai
la maison.
22:19 Publié dans Claude Esteban | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




