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22/06/2017

Le dernier royaume (3)

Vous avez chaud. Votre pensée est fondue dans le bitume. Un ailleurs s'impose. Eteignez la lumière, larguez les amarres, musique, arpèges orientaux ( Satie en Orient, absolument). Un temps, d'avant les temps des Hommes, surgit d'entre les pages du Dernier Royaume de Pascal Quignard, un dyptique mer/montagne que nous réunirons ici pour entrouvrir une fenêtre sur un univers de pures sensations, au creux de la nuit...

 

Les nuages noirs dans le ciel, comme ils se déchiraient, la voûte bleue parut soudain dans un état de nudité dont il m'est difficile de donner l'idée. Le bleu était frais et luisant au fond du ciel noir.

 

La mer était sans écume, lissée, extrêmement brillante, resplendissante. Chaque vague était comme une grande tuile d'or qui s'élevait, qui avançait.

 

 

13/06/2017

Faites silence

De Michaux à Perros, tracer des lignes convergentes autour de destins d'hommes en poésie : solitaires sachant bien s'entourer, même rejet des ors et glorioles littéraires, même exigence à l'endroit du mot juste, des passions parallèles (peinture pour Michaux, théâtre pour Perros), même regard acéré sur nos fragilités et nos vaines parades pour leur échapper, même goût pour l'aphorisme...

Et puis le silence, que l'un et l'autre surent pratiquer à merveille, et dont bien des contemporains devraient s'inspirer. Chaque silence a une origine, pour Michaux se reporter à Jours de silence; pour Perros, lire ce qui suit, c'est juste et poignant.

J'habite près de mon silence

à deux pas du puits et les mots

morts d'amour doutant que je pense

y viennent boire en gros sabots

comme fantômes de l'automne

mais toute la mèche est à vendre

il est tari le puits, tari.

08/06/2017

La voie poétique

Une nuit, un grand vent s'engouffre par toutes les portes de votre corps, même les plus secrètes... Vous pensez que ce corps ainsi ouvert à tous les vents ne peut pas être votre corps d'origine... Ainsi un corps fantôme, ou à tout le moins, extraordinaire, domine votre corps, le soulève et l'étend comme linges sur la corde... Puis vous songez : peut-être le connaissez vous, finalement, ce corps...né du mot, né de fougères et de mer, de vent et de brume, de criques et de sentes, corps d'avant la lumière...

Vous lui confieriez bien votre vie, tout comme Henri Michaux confia la sienne à un poème...

Tu t'en vas sans moi, ma vie.

Tu roules,

Et moi j'attends encore de faire un pas.

Tu portes ailleurs la bataille.

Tu me désertes ainsi.

Je ne t'ai jamais suivie.

 

Je ne vois pas clair dans tes offres.

Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.

A cause de ce manque j'aspire à tant.

A tant de choses, à presque l'infini...

A cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes.