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09/09/2012

La mer est un cimetière

Cela fait parfois la une de nos médias, parfois seulement quelques lignes, quelques reportages et puis on oublie. Des hommes, des femmes, quittent un continent pour un autre, prennent place dans des embarcations qui ne tiennent pas l'eau, et leurs coques deviennent cercueils, et la mer cimetière. Ils ne sont pas marins, juste des hommes et des femmes qui voulaient une vie meilleure, ou tout simplement une vie.

Erri de Luca ne les oublie pas, ils vivent en son coeur et sous sa plume de poète il leur a rendu vie, grandeur et dignité. Son long poème Aller simple est une épopée, en voici une page, tragique, celle qu'il ne faut pas oublier, jamais.

Nous sommes les innombrables, redoublés à chaque case d'échiquier

Nous pavons de squelettes votre mer pour marcher dessus.

Vous ne pouvez nous compter, une fois comptés nous augmentons

fils de l'horizon, qui nous déverse à seaux.

Nous sommes venus pieds nus, sans semelles,

et n'avons senti ni épines, ni pierres, ni queues de scorpions.

Aucune police ne peut nous opprimer

plus que nous n'avons déjà été blessés.

Nous serons vos serviteurs, les enfants que vous ne faites pas,

nos vies seront vos livres d'aventures.

Nous apportons Homère et Dante, l'aveugle et le pélerin,

l'odeur que vous avez perdue, l'égalité que vous avez soumise.

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